Culture
Amina Derbaki Sbaï, 26ème effective
Bruxelles bénéficie de la présence et de l’activité de nombreux talents ainsi que de nombreuses institutions culturelles prestigieuses. Un nombre impressionnant d’artistes, producteurs, techniciens, artisans d’art, associations culturelles … contribuent au quotidien à générer une offre culturelle extrêmement dense, l’une des plus denses d’Europe au prorata de la population.
Culture, démocratie et liberté sont intimement liées : Le mot culture a désigné de tout temps l’action de fertiliser la terre. Au sens figuré, elle est l’effort de fertilisation de l’esprit. Elle permet à l’homme de se connaître, se réaliser, créer, s’émerveiller, communiquer, ouvrir son esprit, développer son sens critique. En ce sens, elle est un facteur indispensable de participation, de citoyenneté. La culture n’est donc pas une dimension de luxe que l’on peut ajouter à l’existence quand tous les problèmes sociaux sont résolus. Au contraire, la culture n’a de sens et n’existe que si on la partage. Génératrice de lien social, ciment des cellules et des communautés les plus diverses, la culture, dans son inouïe diversité, est ce qui nous permet de vivre en société et est, en ce sens, le meilleur facteur de paix sociale..
La mutation des modes de production a ouvert la culture au futur, à tous les patrimoines, à toutes les formes de création et, de manière idéale, à tous les hommes. “De manière idéale” car la mutation technologique, si elle est partagée, s’accompagne, voire favorise une mutation sociale. Ce qui importe désormais en premier lieu, ce sont les connaissances, l’information, la capacité à accéder à l’information et à la traiter. L’outil premier et indispensable d’accès à la culture est donc plus que jamais l’enseignement.
Force est cependant de constater que la gestion publique de la chose culturelle répond malheureusement à un modèle politique incomplet et dépassé. La politique culturelle est un enjeu partisan et clientéliste qui suscite toutes les convoitises, justifiant toutes les confiscations. Au lieu d’accompagner la création artistique, le parti socialiste s’est arrogé le devoir de la gérer. Trop d’artistes, trop d’opérateurs culturels se plaignent de devoir faire allégeance à une formation politique pour avoir une chance de développer ou de poursuivre leurs activités créatives. L’hégémonie socialiste laisse ainsi le secteur précarisé, inféodé à une idéologie d’Etat, exsangue budgétairement.
Après avoir suscité beaucoup d’espoir par le recours systématique à la concertation, Les Etats généraux de la Culture furent un fiasco ou un leurre de plus, se bornant à quelques déclarations d’intention et la création un site internet !
Si des secteurs connaissent de véritables progressions comme les “arts de la scène” avec 5 millions d’euros ou 7,2% de hausse, celles-ci ne profitent qu’à quelques institutions ciblées telles le “Manège” à Mons ou “le Théâtre National” à Bruxelles sans évaluation de l’effectivité de leur Contrat-Programme et encore moins leur adéquation à la demande du public.
En revanche “l’aide aux projets” censée soutenir la création nouvelle retrouve difficilement son crédit de 2005 qui avait été dimi- nué de 22,42% en 2006 !
De plus, certains dossiers annoncés comme prioritaires sont restés sans réponse. On pense notamment à la réforme des bibliothè- ques publiques, des télévisions locales, des centres culturels…
Parallèlement, le MR, sans être présent dans les majorités régionales et communautaire, a pris des mesures décisives en faveur de la diversité culturelle et des artistes, par le renouvellement du tax shelter mis en place par Didier Reynders qui a généré plus de 110 millions d’euros depuis 2003 alors que les subsides mis à la disposition du secteur par la Communauté française baissaient de plus de 4 millions d’euros, l’instauration d’un statut fiscal extrêmement favorable aux auteurs, le chèque-cinéma et son combat pour l’adoption d’une réglementation incitant au mécénat.
La langue et la culture françaises constituent le patrimoine commun entre Wallons et Bruxellois.
La langue française à Bruxelles est la langue de référence, y compris pour ceux dont elle n’est pas la langue maternelle. A ce titre, Bruxelles doit être considérée comme l’une des principales villes francophones du monde.
Elle constitue donc un pôle culturel de premier plan dans ce qu’il est convenu d’appeler la francophonie internationale avec laquelle elle entretient des relations étroites. Il faudra à cet égard renforcer le rôle de Bruxelles au titre de Capitale culturelle de l’Europe en faisant, notamment, profiter les institutions culturelles bruxelloises de la manne financière européenne dans le but de faire rejaillir une production culturelle européenne bruxelloise sur le public cosmopolite et pluriel qui y réside.
Bruxelles est aussi une grande ville cosmopolite, polyglotte et plurielle, riche d’un brassage des cultures et de la diversité des populations qu’elle accueille. Si la langue et la culture françaises forgent son identité, cela n’exclut pas les autres expressions culturelles. Bruxelles est une ville accueillante et tolérante refusant tous les extrémismes qui prônent la territorialité culturelle, l’exclusion linguistique, le repli identitaire, le racisme et la xénophobie.
C’est dire aussi à quel point le rayonnement culturel de Bruxelles ne s’arrête pas aux limites géopolitiques de sa région et il est hallucinant d’avoir dû constater l’absence totale de cette dimension bruxelloise dans le plan de relations internationales de la Ministre CDH à la Communauté française.
La volonté de contrôle et de promotion d’une culture d’Etat a toujours empêché la mise en place d’un vrai partenariat public/ privé dans le domaine culturel.
Or l’impact économique de la culture n’est plus à démontrer : source de revenus et de débouchés professionnels, elle constitue un élément clef de la compétitivité et de l’attractivité touristique et économique d’une région.
Par exemple, dans le secteur de la production audiovisuelle et cinématographique, l’absence d’initiative gouvernementale en Région bruxelloise et même le blocage délibéré du travail parlementaire du groupe MR qui a déposé en 2004 une proposition d’ordonnance portant création d’un Fonds de soutien et de promotion à la création audiovisuelle sont révélateurs d’une absence totale de volonté politique (PS/CDH/ECOLO) pour la mise en place à Bruxelles d’un tel outil pourtant demandé unanimement par les professionnels.
Or 80% des films aidés par la Communauté française sont des coproductions en partenariat avec Wallimage et le Vlaams Audio-
visueel Fonds.
En conséquence, les sociétés bruxelloises de production cinématographique sont obligées d’effectuer des dépenses
en Wallonie, de recruter des techniciens wallons, de délocaliser des studios … pour participer à de telles coproductions et pouvoir
ainsi profiter du financement de ces fonds !
Emanciper la culture de cette tutelle partisane passe par une indispensable multiplication de ses sources publiques (Communauté française, CoCoF, communes) et privées de financement.
Si la politique culturelle relève essentiellement des Communautés française et flamande, les Communes disposent néanmoins de toute liberté pour agir et promouvoir la culture. L’autonomie communale est donc totale. Mais force est de constater que la politique culturelle est encore souvent sacrifiée et les dépenses en ce domaine ramenées à portion congrue. Pourtant, par sa proximité, la commune est la plus capable de toucher les personnes en rupture de culture et d’y assurer ainsi un meilleur accès.
Les défis sont donc nombreux mais surmontables : débarrasser la gestion culturelle de ses anachronismes que sont l’étranglement budgétaire et le clientélisme, donner de nouveaux moyens à la création grâce à l’instauration de nouvelles sources de finance- ment, respecter le public, respecter les artistes et rétablir une cohérence francophone.
















































