L’interculturalité, un défi pour notre Région

Pour vivre harmonieusement en société, surtout dans une société cosmopolite, il faut, selon nous, un socle commun de valeurs, respecté par chacun. Sans l’adhésion aux principes démocratiques et au respect des droits de l’homme (primauté de la personne humaine et de sa dignité, égalité des sexes, liberté de pensée, d’expression, de conscience et religion, mixité, séparation des Eglises et de l’Etat), il n’existe pas de société plurielle harmonieuse.

Le MR estime que le principe de laïcité de l’Etat constitue une voie juridique à explorer en vue de permettre qu’une vision théocratique de la société, contraire à la sécularisation de l’Etat et à la séparation de l’Eglise et de l’Etat puisse ainsi s’installer.

A cette fin, le MR est favorable à donner à ce principe une assise juridique incontestable et à l’inscrire dans l’article 1er de la Constitution. Ayant rappelé ces principes essentiels, il nous faut aussi prendre toute la mesure de ce qu’implique une société où chacun a le droit à un épanouissement culturel qui lui est propre et exploiter au mieux cet atout potentiel. Pour cela, il importe que la société d’accueil se dote d’un certain nombre de règles claires et rigoureuses qui permettent la participation et l’intégration économique, sociale, politique et culturelle des nouveaux arrivants et de leur descendance.

Enfin, il revient également aux autorités de veiller à ce que les valeurs et les principes fondamentaux que nous demandons aux nouveaux arrivants de respecter soient appliqués par tous. Le racisme, l’antisémitisme et les différentes formes de discriminations doivent être dénoncés et combattus car celles-ci sapent la démocratie.

A cet égard, nous considérons qu’il convient de doter les autorités publiques des moyens juridiques qui permettent d’interdire les mouvements fondamentalistes ou intégristes, ou, à tout le moins de réprimer plus sévèrement leurs atteintes à l’ordre public et aux valeurs démocratiques.

Intégrer et gérer la diversité dans sa complexité linguistique et culturelle est un des défis majeurs de Bruxelles. Comme le soulignait Jacques Simonet : “Il faut que les gens s’intègrent dans la société qui les accueille. Ils ont droit à la différence mais pas à la différence des droits”.

En retour, ce respect implique non seulement le respect des lois mais aussi des valeurs et des principes de notre société démocratique, en particulier la neutralité dans les services publics, l’égalité entre les hommes et les femmes. Le fait de recourir au service public hospitalier implique d’en accepter l’ensemble des règles.
Le MR soutient les soignants qui se battent au quotidien pour assurer, dans des conditions souvent difficiles, le meilleur service et les meilleurs soins à tous leurs patients, sans considération de leur origine, de leurs ressources ou de leur religion.

L’intégration est un long processus qui n’est possible, d’une part que si la personne qui a fait ce choix (difficile) accepte d’accomplir elle-même la majeure partie du chemin et d’autre part, si le pouvoir public met en place tous les mécanismes nécessaires à cette intégration. Il est ici question de responsabilité individuelle, et non de responsabilité “collective”.

Définir l’appartenance d’un individu à autre chose que lui-même est un exercice délicat. C’est délicat parce que c’est l’inscrire dans un cadre, lui imposer une condition. C’est presque lui ôter une partie de sa liberté. Pourtant quels que soient notre parcours, nos habitudes et nos aspirations, nous appartenons à une communauté de destin.

La fin de l’évidence du sentiment d’identité nationale se vit même dans un pays comme la France et à plus forte raison dans un pays fédéral et multi-communautaires comme la Belgique.
Une telle situation a pour mérite de vivre son pays comme un choix, l’identité se basant alors sur la notion de ce que chacun peut apporter à son pays plus que ce dont il peut hériter.

La question des flux migratoires est l’un des enjeux fondamentaux de l’avenir. Il y a 200 millions de migrants aujourd’hui dans le monde.
Entre 2005 et 2050, les Nations Unies prévoient le départ de 98 millions de personnes des pays en voie de développement vers les pays développés. C’est dire l’urgence et l’importance d’une politique concertée au niveau européen et avec les pays en voie de développement pour canaliser ces flux migratoires. Ces flux ne seront maîtrisés que si les politiques de coopération au développement promeuvent directement le développement économique des dits pays.

L’immigration en Belgique a varié selon les époques et les régions, mais aussi en fonction des besoins de notre économie.

Dès 1948, l’industrie belge s’adresse principalement à l’Italie pour recruter de la main-d’œuvre étrangère. Au milieu des années cinquante, d’autres pays sont sollicités, dont l’Espagne et la Grèce. A partir des années soixante, la haute conjoncture et les pres- sions sur le marché du travail entraînent un recrutement plus lointain, principalement au Maroc et en Turquie, et une croissance des arrivées en provenance d’Espagne et de Grèce.

Par la suite, de la fin des années ‘60 au début des années ‘80, l’immigration des Espagnols, des Grecs, des Turcs et des Italiens baisse, celle des Marocains se maintient tandis que l’immigration en provenance des pays d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et de l’Est européen augmente.

Les mouvements migratoires de personnes de nationalité étrangère enregistrés ces dernières années sont dus pour une large part aux citoyens communautaires. L’importance de l’immigration de ressortissants européens est liée au rôle de Bruxelles, capitale européenne, et de ses institutions européennes.

La Belgique a donc, depuis plusieurs décennies, accueilli un grand nombre de personnes d’origine extra-européenne, principalement en provenance d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne et du Moyen Orient.

La fermeture de l’immigration du travail en 1974 a eu un impact catastrophique car les flux se sont poursuivis au même rythme mais quasi-exclusivement dans le cadre du regroupement familial, de l’asile, de l’immigration clandestine et des régularisations.

Aujourd’hui encore, l’immigration du travail représente seulement moins de 10% des flux. Ce qui domine, c’est l’immigration de personnes sans qualification, sans emploi, donc sans revenu de travail. Ce décalage entre les flux migratoires et les capacités d’accueil de notre pays a conduit à des situations dramatiques marquées par la ghettoïsation, l’exclusion et le chômage massif des étrangers.

Face aux carences et renoncements des autorités publiques, enfermées par la force d’idéologies ou de tabous qui dominent la question, une partie de l’opinion publique est inquiète car elle perçoit malheureusement l’immigration comme un problème épineux, voire une menace pour leur emploi, leur sécurité, leur mode de vie et les valeurs auxquelles ils sont attachées.

Il convient d’atténuer ce sentiment et la crispation qui l’accompagne en mettant en avant les actions positives à l’égard des populations étrangères. Le MR veut dès lors y apporter une réponse par une politique cohérente, équilibrée et juste, et ce dans L’intérêt de tous quelles que soient leurs origines.

Pour réussir ce nouveau défi, il est important de favoriser un meilleur climat social qui permette à ceux dont la culture d’origine est souvent non européenne, de vivre leur citoyenneté à part entière. L’objectif ici n’étant pas de favoriser l’assimilation à un modèle dominant, mais de permettre à chacun de participer de manière égale à la vie en société.

En effet, la force d’une société se mesure, entre autres, par sa capacité à accueillir la différence et à s’enrichir de celle-ci.

Comme l’explique le rapport final de la commission du dialogue interculturel, la Belgique est une démocratie fondée sur le pluralisme.

Le pluralisme n’est pas une simple coexistence d’opinions et de croyances diverses mais la construction d’un espace commun de dialogue et d’émancipation, où la diversité fait l’objet de débats collectifs et se traduit dans des institutions spécifiques.

Notre histoire a ainsi assuré, au terme de crises et de tensions, la promotion d’un triple pluralisme :

- Le pluralisme politique (et syndical), qui a notamment permis l’émancipation de la classe ouvrière et la construction d’un équilibre social fondé sur la concertation ;
- Le pluralisme philosophique, qui a vu progressivement la reconnaissance officielle de formes diverses de spiritualités (catholique, protestante, orthodoxe, israélite, musulmane, anglicane et laïque).
- Le pluralisme communautaire, issu des mouvements flamands puis wallon, qui a donné naissance à l’Etat fédéral dans lequel nous vivons encore aujourd’hui.

Bruxelles ville internationale et cosmopolite : Bruxelles en tant que capitale de l’Europe constitue un attrait pour de nombreux citoyens de l’Union européenne et est aussi historiquement une ville de flux migratoires. Bruxelles est aujourd’hui une ville internationale dont les populations issues de l’immigration non-européenne sont réparties de manière inégale d’une commune à l’autre, ce qui ne va pas sans poser de problèmes (ghettos, surpeuplement de logements, chômage, décrochage scolaire, discriminations, …).

En effet, le MR considère que ce type de société, certes multiculturelle, mais au sein de laquelle les différentes communautés ne se rencontrent pas et sont même parfois concurrentes, peut engendrer, à moyen ou à long terme, des frictions, voire des tensions intercommunautaires. Il faudrait au contraire favoriser le dialogue interculturel. Primo-arrivants ou Belges depuis plusieurs générations, croyants ou pas, hommes ou femmes : nous sommes riches de notre diversité.

Le défi du XXIème siècle consistera à faire cohabiter harmonieusement des populations d’origine diverses sur un même territoire. Il convient de proposer un cadre de vie qui favorise une meilleure connaissance de l’autre, et d’œuvrer contre le repli identitaire. Un véritable contrat citoyen doit être conclu. S’il nous faut exiger que chacun, quelle que soit son origine, respecte les valeurs de démocratie et d’Etat de droit, il nous faut également combattre toute forme de discriminations.

Pour nous l’intégration est une étape indissociable de la citoyenneté. L’intérêt de ces concepts est qu’ils permettent de constater que tout ensemble humain exige que les membres parviennent à établir entre eux des liens, à coordonner des actions et à s’accorder sur la manière de vivre en commun.

Le MR considère que réussir l’intégration ne se résume pas à flatter les différences, mais bien à construire un projet de société fondé sur un corpus de valeurs communes.

Ce projet de société doit dès lors reposer sur la participation active des chaque citoyen à la vie publique sous toutes ses formes.

A cet égard, le MR est d’avis qu’il faut privilégier le dialogue avec les représentants des différents courants philosophiques ou religieux désireux de favoriser la participation à un Etat de droit démocratique et ouvert.

Force est de constater que les politiques publiques d’immigration et d’intégration sont en Belgique éclatées entre les différents niveaux de pouvoir. Il est à noter que nous nous sommes concentrés ici sur les politiques qui relèvent des attributions communales, régionales ou communautaires et que les propositions sont formulées dans ce cadre. Les sujets fondamentaux pour réussir l’intégration comme, par exemple, la gestion des flux migratoires ou encore la condamnation pénale des discriminations et actes racistes ne seront, dès lors, pas développés.

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